Depuis le 1er janvier 2022, la réglementation environnementale RE 2020 a profondément revu les exigences applicables aux constructions neuves. Au-delà de la performance thermique et de la sobriété bioclimatique, elle introduit une rupture conceptuelle majeure : l’obligation de quantifier l’impact carbone d’un bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie, de l’extraction des matières premières jusqu’à sa déconstruction au terme de 50 ans.
Le bilan carbone RE 2020 ne mesure donc plus seulement ce qu’un bâtiment consomme une fois habité, mais aussi ce qu’il a coûté à la planète pour sortir de terre. Cette évolution impose aux maîtres d’œuvre, promoteurs et entreprises de construction une rigueur nouvelle dans le choix des matériaux et la collecte de données.
Les deux indicateurs carbone de la RE 2020
Le bilan carbone RE 2020 repose sur deux indicateurs réglementaires complémentaires, exprimés en kgCO₂eq/m² sur une période de référence de 50 ans.
L’Ic Énergie (L’impact du quotidien)
Cet indicateur quantifie les émissions de gaz à effet de serre générées par les consommations d’énergie du bâtiment tout au long de sa vie : chauffage, refroidissement, éclairage, eau chaude sanitaire et auxiliaires. Il traduit directement le choix du système énergétique et pénalise les solutions fortement carbonées comme le chauffage au gaz. Depuis 2022, les seuils Ic Énergie sont calibrés de telle sorte que le recours à 100 % au gaz naturel n’est plus réglementairement conforme pour les maisons individuelles et les bureaux.
Seuil Ic Énergie pour une maison individuelle non raccordée à un RCU : 160 kgCO₂eq/m²
L’Ic Composants (L’impact de la construction)
C’est le cœur du changement introduit par la RE 2020. L’Ic Construction mesure l’empreinte carbone de l’ensemble des produits et équipements mis en œuvre, de leur fabrication à leur fin de vie. Il couvre la totalité des lots : gros œuvre, charpente, isolation, menuiseries, lots techniques, équipements de chauffage, revêtements et VRD.
La RE 2020 intègre également dans ce périmètre les consommations d’énergie des engins de chantier et des grues pendant la phase de travaux, témoignant d’une exigence de comptabilisation carbone particulièrement exhaustive.
Les outils de mesure : ACV et FDES / PEP
L’Analyse du Cycle de Vie (ACV)
L’ACV est la méthodologie de référence, elle évalue l’impact environnemental d’un produit ou d’un ouvrage à chacune des étapes de son existence.
Source : Direction Interministérielle du Numérique et le Ministère de la Transition écologique.
La Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire (FDES)
La FDES (ou PEP pour les produits du génie climatique) est la carte d’identité environnementale d’un produit de construction. Établie selon la norme NF EN 15804+A2, elle présente les résultats de l’ACV d’un produit spécifique sous la forme de 36 indicateurs environnementaux, dont l’indicateur carbone (exprimé en kgCO₂eq) est aujourd’hui le plus scruté réglementairement. On y retrouve également la consommation d’eau, les déchets générés ou encore l’appauvrissement de la couche d’ozone.
Consultables sur la base INIES, ces fiches permettent aux bureaux d’études de compiler les données réelles des fabricants pour calculer l’impact global de votre projet.
La décomposition du calcul IC Construction
Le calcul de l’Ic Construction est une opération de comptabilité carbone rigoureuse. Pour chaque composant du bâtiment, on multiplie la quantité mise en œuvre (exprimée en m², m³, kg ou unité selon les produits) par son impact unitaire, tel que défini dans sa FDES.
Exemple de calcul pour un poste de façade
Un mur en briques de 100 m² avec une FDES indiquant un impact de 15 kgCO₂eq/m² (cycle de vie complet) représente une contribution de : 100 m² × 15 kgCO₂eq/m² = 1 500 kgCO₂eq pour ce seul poste en ACV statique.
Nota : la RE 2020 prévoit un calcul en ACV dynamique avec un mécanisme d’amortissement. Plus les émissions CO2 d’un produit arrivent tard dans le cycle de vie d’un produit, plus elles sont réduites. Cela favorise tout particulièrement les produits biosourcés dont la libération du CO2 intervient en fin de vie.
Cette opération est répétée pour l’ensemble des lots du projet : fondations, structure, charpente, couverture, isolation, menuiseries, cloisons, doublages, lots techniques (CVC, plomberie, électricité), équipements sanitaires, revêtements de sols et murs, VRD.
L’ensemble des contributions est ensuite additionné, puis rapporté à la surface habitable du bâtiment pour obtenir l’indicateur final exprimé en kgCO₂eq/m².
Exemple de bilan carbone détaillé par lot d’une construction RE 2020.
La hiérarchie des données utilisées
La fiabilité du résultat dépend directement de la qualité des données mobilisées.
Elle se distingue en trois niveaux :
- FDES/PEP individuelles : Données spécifiques établies par un fabricant pour un produit précis. Elles offrent la meilleure précision et permettent d’optimiser le bilan carbone.
- FDES/PEP collectives : Données établies par un groupement professionnel pour une famille de produits. Moins précises qu’une FDES individuelle, elles restent fortement préférables aux données par défaut.
- Les données par défaut (DED) : Valeurs forfaitaires mises à disposition par le ministère en l’absence de fiche fabricant. Elles sont volontairement majorées pour inciter à l’utilisation de produits certifiés. Les utiliser pénalise le bilan carbone.
Exemple de composition de fiche FDES d’une construction RE 2020.
La trajectoire réglementaire 2022–2031
La RE 2020 ne se contente pas de mesurer l’impact carbone : elle impose une trajectoire de décarbonation progressive à travers des seuils d’Ic Construction qui se resserrent tous les trois ans. Cette approche par paliers permet à la filière de s’adapter progressivement, tout en offrant une visibilité sur les exigences futures.
Actuellement, nous avançons dans la deuxième étape de ce calendrier, et le niveau d’exigence va continuer de se renforcer jusqu’en 2031.
- 2022-2024 : C’est la phase d’apprentissage pour tous les acteurs de la construction.
- 2025 : Un premier palier décisif qui demande une plus grande précision dans le choix des matériaux et la précision des données d’entrées des études ACV.
- 2028 et 2031 : Les étapes ultimes vers une construction décarbonée.
Exemple de bilan carbone d’une construction RE 2020 conforme IC seuil 2025 avec projection des seuils 2028 et 2031.
Les leviers pour atteindre les seuils futurs
Les seuils de 2028 et 2031 ne pourront être atteints par la seule optimisation de la conception architecturale. Leur atteinte repose sur une transformation structurelle de l’ensemble de la filière, articulée autour de plusieurs leviers complémentaires.
L’innovation industrielle et les matériaux bas carbone
C’est le levier principal. Les industriels réduisent l’impact carbone de leurs processus de fabrication : développement de liants alternatifs au clinker Portland dans l’industrie cimentière, réduction des températures de cuisson dans la filière brique, électrification des fours, utilisation d’énergie renouvelable en production. Ces évolutions améliorent directement les FDES sans modifier les modes constructifs.
L’intégration ciblée de matériaux biosourcés
Les matériaux biosourcés — bois, paille, chanvre, liège, ouate de cellulose — présentent la caractéristique de stocker du carbone pendant toute leur durée de vie en œuvre, ce qui génère un Ic Construction négatif sur les postes où ils interviennent. Utilisés de manière ciblée en isolation ou en cloisons, ils permettent de compenser l’impact positif d’autres composants structurels. L’enjeu n’est pas de passer à une construction « tout biosourcé » mais d’intégrer ces matériaux là où ils sont techniquement et économiquement pertinents.
Le réemploi et l’économie circulaire
Les produits issus du réemploi évitent une nouvelle phase de production industrielle. Certains fabricants proposent désormais des FDES intégrant des scénarios de fin de vie valorisants (recyclage, réemploi), qui réduisent significativement l’impact de l’ACV.
La sobriété architecturale
En amont de tout calcul, une conception compacte et bioclimatique réduit mécaniquement les quantités de matériaux nécessaires. L’orientation du bâti, la limitation des surfaces de paroi, la mutualisation des équipements en logement collectif et la simplification des structures sont des leviers dont l’effet est direct sur le bilan carbone avant même le choix des produits.
La saisie des données : un enjeu de précision
Le calcul carbone ne peut être fiable que si les quantités saisies sont exactes. Pour faciliter la vie du maître d’œuvre et sécuriser l’étude, nous intervenons sur la collecte et l’analyse des données :
- Le métré à partir des plans et études techniques préalablement réalisées : pour vous faire gagner un temps précieux, nos équipes peuvent réaliser elles-mêmes les relevés de quantités directement depuis vos plans. Nous mesurons chaque m² de cloison, chaque m³ de béton et chaque mètre linéaire de réseaux pour garantir un calcul au plus près de la réalité du chantier.
- L’exploitation des DPGF / Marchés / Devis / Factures : nous analysons ces documents pour en extraire les références précises des matériaux et les volumes prévus par les entreprises.
- L’aide à la décision : si le bilan carbone d’un composant impacte trop fortement la conformité globale, nous vous proposons immédiatement des variantes techniques ou des matériaux alternatifs plus performants afin d’optimiser le projet avant le démarrage des travaux.
En nous confiant cette étape, vous vous assurez d’une étude carbone rigoureuse sans alourdir votre charge de travail technique.
En synthèse : les points-clés pour une conformité RE 2020 maîtrisée
- Privilégier les données spécifiques : Sélectionnez des matériaux et équipements bénéficiant de FDES ou PEP individuelles. C’est le levier n°1 pour éviter les pénalités des données par défaut.
- Optimiser dès la conception : Travailler sur la sobriété de l’architecture et l’orientation pour réduire naturellement les besoins en matériaux et en énergie.
- Anticiper les paliers : Ne visez pas seulement le seuil actuel, mais essayez de vous rapprocher des exigences 2028 pour pérenniser la valeur de votre bien.
Notre accompagnement
Face à la complexité croissante des exigences thermiques et environnementales, nos équipes vous accompagnent sur l’ensemble des phases de votre étude RE 2020 : décryptage des FDES, saisie des quantités depuis vos plans ou vos DPGF, optimisation du bilan carbone au plus tôt dans le projet et sécurisation de la conformité réglementaire aux seuils en vigueur.
(Article réalisé par Jean-David Claver – Responsable technique pôle construction)
